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La table ronde de la gauche

Démocratie et Peuple

Quelques réflexions sur ces notions souvent confuses et parfois opposées.

La démocratie représentative

La démocratie est couramment associée au droit de vote. Celui-ci fut censitaire (seuls les élites et les riches avaient le droit de vote), puis universel … mais il a fallu attendre quand même l’après-guerre pour l’accorder aux femmes, et 1974 pour que l’âge du droit de vote passe de 21 ans à 18 ans. Aujourd’hui encore la gauche se bat pour le droit de vote des étrangers au moins pour les élections locales.

Ce système fait que dans certains cas les candidats ne sont élus qu’en recueillant que moins de 15% des habitants de leur territoire (il arrive que 25% des habitants soient étrangers, il y a souvent environ 50% d’abstentions, et le premier des candidats ne recueille souvent que 35% des voix au premier tour : 0.75*0.5*0.35=13 % des habitants).

our une plus grande liberté ces scrutins se font à bulletins secrets pour éviter toute forme d’influence.

Par ailleurs une fois les représentants élus, généralement la population est laissée de côté. « Le peuple m’a fait confiance pour la longueur du mandat qu’il m’a confié, maintenant je gouverne » pourrait se dire chaque élu. Bien sûr il y a les programmes, mais ceux-ci sont loin d’être toujours appliqués (car les circonstances peuvent évoluer, et aussi parce que les promesses de campagne (qui n’engagent que ceux qui les écoutent) ne sont pas toujours réalisables).

Heureusement des élus organisent régulièrement des points de rencontre et de dialogue où ils rendent compte de leur travail. Mais rien n’est systématique. Quant à la possibilité de révocation d’un élu (suivant à une procédure qui reste à définir), elle est à peine évoquée.

Par ailleurs la représentativité sociale des élus issus de ces scrutins est discutable. Les élus sont en grande majorité d’une même classe sociale.

Le mode de scrutin peut aussi distorde la représentativité des élus : le découpage des circonscriptions et le scrutin majoritaire conduit à ce que chaque vote n’a pas le même poids. La gauche défend un mode de scrutin proportionnel.

La démocratie directe

Pour pallier ces défauts, le principe de la démocratie directe peut être mis en avant.

Les référendums (ou les votations en Suisse) où on demande à la population pour se prononcer pour ou contre une proposition précise peuvent être une solution. L’initiative de ces référendums est généralement restreinte. La Gauche demande de pouvoir l’élargir (les RIC : référendums d’initiative citoyenne). 

 Ces référendums subissent plusieurs biais : la question peut être manipulée, la réponse est toujours simpliste et sans nuance (c’est oui ou non), souvent l’abstention pouvant être forte les décisions sont prises par une minorité et sont contestables.

Ceci fait que l’usage de ces types de référendums reste assez limité.

Démocratie participative

Son principe est de faire co-construire par les citoyens la solution à adopter pour résoudre un problème donné. Les élus sont alors les animateurs de cette co-construction. Des experts sont mobilisés pour donner les informations nécessaires aux citoyens pour qu’ils se prononcent en connaissance de cause.  

Cette démarche permet d’aller au-devant de chaque citoyen pour l’interpeller, pour lui demander à son avis, pour lui donner les moyens de décider, et tachent ainsi de résoudre le problème de l’abstention. Le tirage au sort des citoyens (souvent avec des quotas pour assurer une représentativité) fait partie des méthodes permettant de désigner les citoyens en charge de trouver cette solution.

On voit dans ces phrases les dérives possibles : élus qui manipulent les gens, experts qui imposent des solutions, des groupes de citoyens plus influents que d’autres …

C’est une notion qui a du mal à se mettre en place, du fait de sa complexité. Néanmoins elle permet souvent de trouver des solutions optimales et admises par le plus grand nombre. Par ailleurs elle fait vivre « démocratiquement » la cité en permanence.

Le peuple

Démocratie et peuple s’opposent parfois. Souvent la « rue » a renversé des régimes en place qui avaient été élus.

Ce droit à manifester est un droit fondamental à défendre. Il permet à des tas de personnes qui ne s’expriment pas forcément lors des élections de donner leur avis.

Il est essentiel de pouvoir offrir à tous la possibilité de s’exprimer dans les syndicats, dans les partis, dans des groupements de citoyens… par des cahiers de doléances, … Non seulement il faut donner cette possibilité mais aussi faire en sorte que ces demandes soient prises en compte. La démocratie ne se résume pas à des votes et le rôle des « corps intermédiaires » est nécessaire pour la faire vivre.

Il peut y avoir des dérives : historiquement la notion de dictature du prolétariat, aujourd’hui abandonné par tous, en est une. On ne peut pas parler de démocratie là où la liberté et les droits sont entravés.  

Méfions-nous aussi des récupérations. Les références perpétuelles du RN à cette notion de peuple qui s’opposerait aux élites le montrent bien. Son opposition aux droits dans toute leur forme, aux syndicats, aux partis, à toute organisation « populaire » montre bien le contraire. Par ailleurs, le RN dans son organisation même n’est pas démocratique.

Méfions aussi de ceux qui, sous prétexte de liberté d’expression répandent de fausses nouvelles (fake news) qui contribuent à la désinformation de tous dans des buts souvent inavouables

 

En conclusion, la démocratie est difficile à faire vivre : la soif du pouvoir est souvent plus présente que la volonté de se mettre au service de l’intérêt général. Il faut que la démocratie représentative soit la plus équitable possible (le même poids à chaque vote, proportionnelle, …). Il faut tout faire pour développer, lorsque c’est possible, toutes les formes de démocratie participative, en toute honnêteté, dans le but de trouver, à un besoin donné, une bonne solution co-construite et acceptée par le plus grand nombre. Il faut surtout rester vigilant à l’exercice du pouvoir en développant des contre-pouvoirs (justice, liberté de la presse, pouvoirs des corps intermédiaires et sociaux, droit à manifester, …). C’est uniquement par cette savante combinaison que notre démocratie pourra se développer.

 

Marc-Noël Vandamme 

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