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La table ronde de la gauche

L’Education Nationale en péril !

Le salaire des enseignants  

Les faits sont là. Au début des années 80, un enseignant débutant gagnait l’équivalent de 2.3 fois le SMIC. Cette rémunération est tombée à 1.2 fois le SMIC début 2022. La dernière revalorisation date de Lionel Jospin en 1989 avec le statut de professeur des écoles. Les politiques d’austérité qui bloquent les budgets et la nécessité d’un accroissement des effectifs ont poussé à une baisse progressive et continue des salaires.

voir le monde du 17/02/2023

Une comparaison avec les autres pays européens permet d’arriver aux mêmes conclusions :  l’écart est du simple au double par rapport au Luxembourg, à l’Allemagne et au Danemark, de 30% par rapport à la Suède aux Pays-Bas, et à l’Irlande, 20% par rapport à l’Espagne …au même niveau que l’Italie.

Pour plus de détail voir la page internet  

On comprend ainsi facilement que le métier a des difficultés de recrutement.

Aujourd’hui la revalorisation apparaît comme une évidence, mais le gouvernement ne veut pas aller trop vite : déficit budgétaire oblige. Alors on reporte, depuis un an, à la rentrée 2023, on inclut dans les augmentations à venir celles obtenues depuis 2020, on met en place des primes qui ne concernent pas tout le monde, on fait du saupoudrage. Pire encore on conçoit un « Pacte » qui conditionne l’augmentation à du travail supplémentaire (ce qui, par ailleurs, alimente le mythe que l’enseignant est un privilégié qui ne travaille pas beaucoup). C’est le contraire de ce qu’il faudrait faire : un plan pluriannuel d’augmentations inconditionnelles et continues. On en est très loin et on comprend les organisations syndicales représentatives qui, dans leur intégralité, y compris les moins enclines à la politique de la chaise vide, ont quitté, lundi 6 mars, la deuxième réunion consacrée au « pacte enseignant », à peine une heure après son ouverture.

voir l'article du Monde du 6 mars 2023

La formation des maîtres

Pour l’attractivité du métier, la formation des enseignants serait un autre levier. Les IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) sont devenus des ESPE (Ecole Supérieur du Professorat et de l’Education) en 2013, pour devenir des INSPE (Institut National Supérieur du Professorat et de l’Education) sous Blanquer. On recrute maintenant au niveau master (bac +5). Tous ces changements ont créé une belle confusion qui a eu plutôt tendance à décourager les jeunes de s’investir dans ce métier.

Et comme on manque d’enseignants, le ministère de l’Education Nationale n’a hésité pas à mettre devant les élèves des étudiants qui n’avaient pas encore acquis la formation nécessaire. On n’hésite pas non plus à recruter des enseignants contractuels qui n’ont pas les compétences pédagogiques requises. Bref c’est un peu le bazar.

La suppression des postes

A la rentrée prochaine, le ministère de l’Education Nationale supprime 1500 postes dans l’enseignement public (et 500 dans l’enseignement privé sous contrat). Il compte sur le renfort des enseignants stagiaires (les étudiants qui n’ont pas encore reçu de formation et qui ainsi se forment sur le tas) pour minorer ces suppressions.voir le Monde du 14-12-2022 

La France est quand même l’un des pays d’Europe où la taille des classes dans le premier degré est la plus élevé. 2.1 en France, 20.9 en Allemagne, 20.3 en Suède, 19.3 en moyenne sur l’UE, 18.7 en Finlande et en Italie.

voir le Monde du 19-12-2022 

Les problèmes de remplacement de professeurs absents sont nombreux et très mal résolus, faute d’enseignants remplaçants.

Nous avons là des coupes budgétaires, parti intégrante de la politique d’austérité du gouvernement. 

La FCPE lance une pétition contre ces suppressions.

Signez la pétition 

Dans le même ordre des choses, on supprime l’enseignement technologique en 6eme, après avoir supprimé une ½ heure de technologie en 3eme, supprimer les dédoublements en classe de technologie, supprimer aux professeurs de technologie l’heure de labo qui permettait de préparer leur travail, et enfin détruit les filières sciences de l’ingénieur au lycée. 

une autre pétition 

Les lycées professionnels

La réforme des lycées professionnels est un autre exemple du désengagement du service public :

  • création d’un ministère délégué de la formation professionnel sous double tutelle du ministère de l’enseignement et du ministère de l’industrie,
  • suppression de temps de formation générale en lycée professionnel ( diminution drastique (près de 30 %) du nombre d’heures consacrées aux enseignements généraux : français, histoire-géographie, mathématiques, etc., en 2019), pour augmenter le temps en entreprises.

Ce qu’on besoin les jeunes c’est une formation qui leur permettra d’évoluer, de changer de métier … et pour cela il convient de maintenir une formation « générale » en lycée professionnel suffisante. Confier la formation de ces jeunes aux entreprises, c’est la réduire à des besoins immédiats de l’entreprise, et renforcer la mainmise du patronat sur la formation scolaire.

pour plus de détail 

Et l’enseignement privé dans tout cela

Au collège, le secteur privé sous contrat compte 40 % d’élèves très favorisés, contre 20 % dans le secteur public. Inversement, 18 % des collégiens du secteur privé sous contrat faisaient partie de classes sociales défavorisées, contre 42 % des élèves du secteur public. Des écarts qui n’ont fait que croître.

voir le Monde du 22-09-2022

Alors que l’on ferme drastiquement des classes dans la capitale (plus de 200 classes vont fermer en 2023 dans les écoles et les collèges), l’enseignement privé ferme moins de classes, et la part d’enfants qui y sont scolarisés dans la capitale ne cesse ainsi d’augmenter, particulièrement en collège et en lycée. « On dépasse les 37,5 % dans le second degré et le phénomène s’accélère depuis deux ans, note Jean-Noël Aqua (Parti communiste), élu au Conseil de Paris. A ce rythme, si l’Etat ne décide pas de fermer des classes dans le privé et d’en rouvrir dans le public, la moitié des élèves parisiens pourraient être scolarisés dans le privé à horizon 2033. »

voir le Monde du 19-02-2023 

 Et l’enseignement supérieur

Le budget par étudiant a diminué de 15 % en France au cours des dix dernières années, tandis que l’enseignement privé supérieur est en plein essor. En vingt ans, les inscriptions d’étudiants dans ces établissements ont doublé, tandis qu’elles n’ont augmenté que de 17 % dans l’enseignement public. Et depuis 2017, la croissance est encore plus rapide, avec des hausses d’effectifs de l’ordre de 7 % par an. Le secteur rassemblait 592 600 étudiants à la rentrée 2020, selon les données du ministère de l’enseignement supérieur, soit 21 % des effectifs étudiants.

voir le Monde du 17-01-2021

 

Toutes ces constatations montrent bien combien Emmanuel Macron et son gouvernement méprisent l’Education Nationale et son rôle pourtant essentiel dans notre société et met tout en œuvre pour sa dégradation progressive. Battons-nous pour reconstruire une Education Nationale, émancipatrice et source de progrès. 

Marc-Noël Vandamme

PS : Voir également l’article de Thomas Piketti du 11-03-2023 :

Thomas Piketti y montre l’importance de l’Education dans le progrès :

  • « La grande leçon de l’histoire, c’est que la prospérité vient de l’égalité et de l’éducation, et non de la course-poursuite à l’inégalité.l’investissement social et éducatif stagne depuis trente ans, alors que le nombre d’étudiants progresse. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de la stagnation de la productivité. »
  • « Macron se trompe d’époque, …Il applique des recettes complètement inadaptées au monde des années 2020, comme s’il était resté bloqué intellectuellement à l’époque de l’euphorie libérale des années 1990 et du début des années 2000… »
  • « Au-delà de ces injustices et de tout ce temps perdu sur les retraites, le gâchis social et économique de la présidence Macron se retrouve dans d’autres domaines, » comme l’Education et « le gouvernement serait bien inspiré de méditer la leçon de base de toute l’histoire économique, à savoir que c’est l’investissement dans la formation qui est la source de la prospérité. »
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R
Insistons sur la nécessaire formation des enseignants que les différents pouvoirs depuis la disparition des IUFM (qui certes n'étaient pas parfaits) n'ont eu de cesse de réduire à la portion (in)congrue.<br /> Plus que jamais l'école a besoin de professionnels formés pour relever les défis du 21è siècle. Reconstruire la formation des enseignants comme nous le revendiquions en 2008 est plus que jamais une nécessité, un combat indispensable.<br /> Enseignants moins formés, école de moindre qualité, des biscuits pour le privé, des arguments pour la privatisation de l'école qui plairait tant à certains.<br />  
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